pierre grasset Photographe

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Cafés et Cigarettes

 

Cafés et Cigarettes

Saint-Étienne, 2008 et 2009

 

 

Georges et Roland, bar le Rivoli

 

 

 

Cette série de portraits est consacrée au mon des bars, des cafés et autres lieux dans lesquels on vient boire un coup et s’asseoir un moment.
La loi qui s’est appliquée le 1er Janvier 2008, et qui interdit la cigarette dans les cafés, fait frémir la plupart des patrons et des clients qui regrettent déjà qu’on ne leur laisse aucun choix dans cette décision.
Au-delà de toute polémique opposant fumeurs et non-fumeurs, il semble que l’ambiance des bars soit en train de se transformer depuis cette date. Il était important, pour en garder une trace, de fixer ce « monde ».

 

 

 

Denise, Bar le Lodi-Salingro

 

Yvette, le bar de Lyon

 

Hamed, Café de l’Époque

 

 

Henry, le bar de Lyon

 

Annick, le Vol de Nuit

 

Brigitte, bar le Sympathique

 

Bernard, Bar le Welcom

 

 

Café de l’Époque

 

 

Kara et Michèle, bar de la Marine

 

 

Johannes, Pierre, Marcel et Pierre, café de l’Époque

 

 

Ali, café le Norway

 

Loïc, café le Sympathique

 

 

 

Michel, café de l’Époque

 

La patronne, Serge et Patrick, café le Chantegrillet

 

 

Christopher et Frédéric, Bar Lounge l’Endroit

 

Houcine et Lionel, Café le Chantilly

 

Sébastien, Café Au Mal Assis

 

Claude, Café le Chantilly

 

 

Le Juge, café de l’Époque

 


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O fado

O fado
Tasca de Jaime, Lisboa
Dimanche 25 Janvier 2009

Certains folklores sont désormais des clichés. C’est le cas bien souvent du fado, musique culturelle et identitaire du Portugal. Le centre ville de Lisbonne regorge de restaurant qui propose des reconstitutions plus ou moins réussies de l’ambiance fado. Car ce n’est pas qu’un style musicale, c’est l’incarnation mélodique d’un trait significatif de l’âme des portugais : la Saudade (un mot qui n’a pas sont équivalent en français mais qui désigne une sorte de mélancolie lié à une nostalgie du passé).
Le fado n’est pas une musique figée, c’est une musique sociale, car la façon dont on chante le fado, les interactions entre musiciens, fadicht et public, font parti du rituel qui l’accompagne et dans lequel seulement il devrait s’écouter. Les bars du centre ville en ont fait une particularité, mais le public n’y étant que spectateur et ne connaissant pas les us et coutumes, il est vidé de sa substance.
Mais le fado n’est pas mort et seulement rempaillé. Lorsqu’on s’enfonce un peu plus profondément dans la ville, dans les quartiers populaires, on trouve encore quelques tascas ( petit restaurant de quartier où l’on trouve toujours à peu près les mêmes plats traditionnels et bon-marché) dans lesquels le fado n’a jamais cesser d’exister . Chaque week-end, en milieu d’après-midi, les Fadicht du quartier s’y retrouve pour chanter.

A Graça,  perché au dessus de l’Alfama, on trouve la tasca do Jaime. Ici, tous les gens se connaissent, ils sont tous du même quartier et se retrouvent depuis toujours chaque semaine pour venir chanter le fado ou simplement l’écouter, manger et boire.
Vers 16h00, les deux musiciens se mettent en place : le joueur de guitare classique et le joueur de guitare Portugaise,  qui donne ce son si particulier générateur intarissable de frissons. Le premier fadicht se lève, vient se mettre vers les musiciens, et sans trop comprendre comment ils se sont entendus,  il ouvre le bal. Il chante deux ou trois chansons maximum et laisse sa place à un autre fadicht. Les chanteurs se succèdent, comme dans un battle, les verre de porto s’empilent, l’ambiance monte.
Dans le fado, il y a souvent cette mélancolie, qui n’en est pas vraiment, ce sentiment de choses tellement belles qu’elles nous submerge. Le morceau monte en puissance jusqu’à ce que, sur la fin, à un instant très précis que chacun connais sur le bout des doigts, le public se met à applaudir, signal fait au chanteur pour qu’il finisse en apothéose en couvrant de sa force vocale l’ampleur des applaudissements. C’est un instant magique dans lequel se mêle une tristesse infini, une beauté majestueuse et un esprit de fête qui reprend immédiatement le dessus dès la chanson finie. Ça réagit un peu partout. Quelqu’un crie  «  il est beau ton fado », la fadicht, dans son couplet, lui répond « oui, je sais, il me fait vibrer moi aussi » un autre siffle, tous se mettent à rire.
Un chanteur s’assoit , un autre se lève et le temps de cet échange le bar tourne à plein régime. Au bout de quelques chansons, les musiciens sortent fumer une cigarettes, c’est la pause. La famille Jaime est bien rodé. La patronne, en salle, pose sur les tables des assiettes de boulettes de morues ou de fromage et ressert à ras-bord les verres de Porto. Lui, derrière le comptoir, prépare les assiettes, les verres et tient les comptes de chaque client, ce qui est difficile parce que les plats circules de tables en tables et chacun se sert en permanence.  A eux deux ils savent parfaitement créer l’ambiance. Ils exigent le silence pendant la musique mais sont les premiers à rire de vive voix une fois le morceau fini.
Les musiciens reviennent, le silence se fait et plus personne ne bouge. Les mêmes faces souriantes et riantes aux éclats se refermes petit à petit et commences très naturellement à rentrer en empathie avec ce que dise les voix. Les yeux sont souvent rouge lorsque le fadicht évoque son quartier, sa rue ou lorsqu’il parle de sa mère.
Ce ballet se poursuit jusque tard dans le début de soirée. L’alcool et l’ambiance battant leur pleins, ils se serres dans leurs bras, s’embrasses et se tapent sur l’épaule. C’est bruyant puis touchant, c’est simples, c’est beau et ça raconte tellement le Portugal.